Les lois sur le téléchargement ont-elles eu un impact sur les discussions au MIP TV ?

Il n'y a pas eu de discussions directes à ce propos. Mais de nombreux producteurs étrangers se disent intéressés par ce qui se passe en France. Ils se disent que si un moyen de se protéger contre le piratage doit venir de quelque part, ce sera de France. Pour des raisons culturelles notamment, dans le domaine de la protection artistique.

Le marché du "japanime" est très touché par le téléchargement...

On distingue bien entendu deux types de téléchargement. En tant que nouveau média, c'est quelque chose de fondamental, que l'on doit absolument prendre en compte. C'est un nouveau mode de consommation, de façon d'accéder aux biens. On a d'ailleurs des projets dans ce sens, sur lesquels on travaille depuis plusieurs années. Mais faire les choses dans les règles, en obtenant les autorisations, prend toujours beaucoup plus de temps que de les faire de manière pirate.

En ce qui concerne le téléchargement illégal, nous sommes le secteur le plus téléchargé au monde, alors qu'il est aussi un des moins protégés, parce que les producteurs japonais ont une culture assez isolée historiquement. Ils ont en plus une grande culture du respect et ne comprennent pas pourquoi on les pille partout dans le monde. Paradoxalement, le public du manga dans le monde est en croissance, mais le marché est en chute libre.

Les producteurs au Japon se sentent-ils menacés ?

Dans l'ensemble, le marché est déprimé par la crise, mais celui du manga est encore plus touché. Les conditions de travail des dessinateurs n'ont jamais été bonnes mais elles empirent. La production a baissé de 30 %, les dessinateurs perdent leur travail. Lors du MIP, la moitié des société japonaises n'étaient pas là. Il y a aussi un impact culturel. Les Japonais n'imaginent pas venir faire des procès ou traiter avec les autorités publiques à l'autre bout du monde.

Ils sont aussi victimes de leur système de production très rapide, mais très peu tourné vers l'international. En France ou en Europe, avant de diffuser une série, on attend qu'un certain nombre d'épisodes soient déjà prêts, alors qu'eux produisent parfois les épisodes d'une semaine sur l'autre. Cela rallonge le délai entre la diffusion au Japon et l'offre légale à l'international. Et donc cela ouvre le créneau du "fansubbing" et du piratage sur Internet.

Sur quels types de solutions travaillez-vous ?

La solution idéale serait que les gens arrêtent de pirater ! De manière plus réaliste, nous voulons diminuer le délai entre la diffusion japonaise et la diffusion française. Mais c'est un combat difficile. Certains créateurs au Japon refusent catégoriquement toute diffusion sur Internet : du coup, la seule offre sur Internet est l'offre illégale. De plus, un épisode diffusé au Japon peut avoir été fini la veille de sa diffusion, ce qui rend plus difficile la mise à disposition sur une plate-forme légale qui a plus de contraintes qu'une équipe de sous-titreurs pirates. On a aussi besoin de moyens d'action coercitifs pour limiter le téléchargement et nous donner le temps de développer des offres légales.

Propos recueillis par Antonin Sabot pour LEMONDE.FR