Une démarche rarissime. Et il l’a fait savoir, en écrivant début janvier au président de la République. «Monsieur le Président, je suis atteint d’une affection longue durée, le sida. Par ailleurs, je suis travailleur social et engagé dans diverses associations citoyennes de solidarité. La mise en place de la mesure de la franchise médicale m’oblige à payer 50 euros par an d’impôt supplémentaire par le seul fait que je sois malade…. Avec la franchise médicale, chacun de nous se sent responsable, voire coupable d’être malade, et par cette faute nous allons devoir payer pour l’accès à ce droit fondamental qu’est celui de la santé. Monsieur le Président, je vous fais part officiellement de ma grève de soins que j’entame aujourd’hui en soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale.»

Silence. Et pour lever tous les doutes, il précise : «Je mène cette action en pleine conscience des risques… Sachez que la franchise médicale va pousser silencieusement beaucoup de malades à prendre la même décision que moi au risque de sacrifier leur vie.»

Les franchises sont en application depuis le 1er janvier, entraînant de fortes réactions politiques de rejet. Ce mouvement personnel de grève peut-il prendre de l’ampleur ? Trois autres malades ont décidé de s’y joindre. L’un est insuffisant rénal et a choisi une grève de la faim - une grève des soins serait, pour lui, immédiatement mortelle. Un diabétique vient de s’y joindre. Un autre, encore, a écrit : «J’ai pris la grave décision au 1er janvier 2008 de stopper toute prise de médicaments. En fait, je fais une grève non pas de la faim mais de médicaments. Je mets sciemment ma vie en danger en faisant cet acte. Il me reste pour vivre 330 euros après avoir payé mes auxiliaires de vie». Et d’expliquer comment, entre l’euro qu’il doit payer à chaque consultation et les différents tickets modérateurs, sa santé a désormais un coût qu’il ne peut plus supporter.

«Avenir». Quelques jours après, Nicolas Sarkozy a répondu à Bruno-Pascal Chevalier. «Sensible à votre cas, lui dit le Président, je vous invite à cesser votre grève des soins qui ne peut que ruiner tous les acquis de votre traitement.» Puis il justifie sa politique. «Ma responsabilité est de dire la vérité… La politique de santé que je veux conduire a pour objectif d’assurer pour tous une meilleure qualité des soins… Le vieillissement de la population et l’apparition de nouvelles pathologies exigent des investissements importants. Ce serait une faute de renoncer à nous préparer collectivement à affronter l’avenir. Au fond, les franchises sont l’expression à la fois de notre responsabilité et de notre solidarité. En outre, les franchises ne privent pas de soins les plus vulnérables».

De fait, cet argumentaire est de plus en plus remis en cause. «Il faut à tout prix un moratoire», martèle le Ciss (Collectif interassociatif sur la santé), qui regroupe les grandes associations de malades. «Il ne s’agit pas d’approuver ces grèves qui constituent un mode d’action dangereux. Mais nous partageons leur combat pour la garantie effective du droit à la santé.»