Lu dans Marianne

Rappelez-vous, ce n'est pas si loin. Le 30 avril de cette même année 2007 , Nicolas Sarkozy avait conclu sa campagne par une charge virile contre Mai 68, «dont il fallait tourner la page» . Dans ses discours, la charge contre Mai et « ses enfants gâtés » prenait parfois une forme un peu « réac» sur les bords. Nicolas Sarkozy citait en exemple «Jean Paul II qui est et restera un exemple pour les jeunesse» . Il vilipendait la «crise morale», héritage de Mai 68. Bref, les discours de Sarko avaient alors un parfum de révolution néo-conservatrice qui, ajoutés à l'amitié avec George Bush, faisait de lui le candidat de toutes les droites.

Six mois après son élection, notre Président doit susciter bien des interrogations au sein de cet électorat. Son divorce pouvait encore être mis sur le compte d'une épouse déphasée ou délurée. Mais son choix de revendiquer haut et fort une liaison à peine entamée avec Carla Bruni risque de troubler encore bien davantage. Désormais Sarkozy devient l'homme qui ne recule devant aucun scandale, aucune transgression. Libre. Oui, mais de quoi ?

Au mois de mai 2006, après un meeting en province, s'apprêtant à sortir du local et à affronter des dizaines de photographes, notre hidalgo national avait chuchoté à l'oreille de sa compagne du moment, une journaliste du Figaro : «Si tu es d'accord, on annonce notre mariage là, maintenant.» La dame avait eu la sagesse de refuser la « botte », sans doute parce que son esprit répugnait à mélanger un projet de couple et une percée médiatique.

Là, maintenant ! C'était tout Sarko. Ceux qui connaissent cette scène ne s'étonneront pas de la facilité avec laquelle le Président enchaîne la fin de son couple avec Cécilia sur une nouvelle affaire amoureuse sans respecter un quelconque délai de viduité. Les divorcés expérimentés s'étonneront encore plus de la légèreté avec laquelle les enfants des acteurs – le petit Louis Sarkozy hier, le petit Aurélien Enthoven aujourd'hui – sont mêlés aux amours parentales et entraînés malgré eux à faire la une des journaux du monde entier sans aucun égard pour leur intimité ou leur libre-arbitre, qui, on le sait, n'est pas encore constitué à six ans. Mais sans doute ce souci des enfants est-il l'apanage des vieux réactionnaires auxquels le Président fait aujourd'hui un pied de nez. Rejoignant ainsi une génération pour laquelle l'hédonisme mérite qu'on lui sacrifie à peu près tout.

Sarkozy l'avait donc bien soigneusement caché à ses électeurs lepénistes, comme à ceux de la droite traditionnelle : il est bien un soixante-huitard qui n'a gardé de la révolution que ce qui lui a finalement survécu, et qui n'est guère « de gauche » : les mœurs dites libres et l'argent.

Visiblement, la plume, ça défoule ;)