Avec la présence des radars automatiques, le renforcement des contrôles mobiles et la généralisation des régulateurs/limiteurs de vitesse sur les modèles actuels, la question du bridage des moteurs à la construction semblait oubliée. Elle refait pourtant surface dans le débat sur la politique environnementale et la sécurité routière européenne. Si rien n'a été décidé en sa faveur lors du Grenelle de l'Environnement, cette mesure pourrait devenir la norme dans l'Union avec l'harmonisation prévue de la règlementation routière.

En juin dernier, le député britannique Chris David a soumis au Parlement européen un rapport qui prévoit notamment d'imposer le bridage des moteurs à partir de 2012. Une proposition parmi d'autres pour réduire les émissions de CO2 et tenter d'assagir les mœurs routières.

Objectif : « que plus aucun nouveau modèle ne soit autorisé sur le marché si son moteur est conçu pour pouvoir dépasser 162 km/h (101 mph) ». Soit une limite de 25 % supérieure à la vitesse maximale autorisée dans la plupart des pays membres, pour permettre le dépassement en cas d'extrême nécessité.

Le fait d'autoriser la vente « de véhicules qui consomment des quantités excessives de carburant et qui ont été conçus pour dépasser les limites de vitesse légales » est considérée comme « une folie politique et environnementale » pour les auteurs du rapport.

Les coupables sont vite vus : les grosses cylindrées, 4x4 de luxe et autres modèles sportifs. Autant de mauvais élèves qui auraient une influence négative sur les comportements et participeraient à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Le texte dénonce également la course aux performances menée par l'ensemble des constructeurs. Entre 1994 et 2004, la puissance des voitures a progressé en moyenne de 28 %, alors que leur poids n'a augmenté que de 15 %. Un effet de surenchère qui commence à s'estomper depuis peu, avec la chasse aux kilos désormais incontournable dans la lutte contre les émissions de CO2.

Downsizing , la parade Pour lutter contre le « toujours plus gros, puissant et polluant », une solution : le downsizing . Une tendance suivie par de nombreux constructeurs qui consiste à réduire la cylindrée des moteurs, ainsi que leur consommation et leurs émissions de CO2. Et ce, sans sacrifier les performances - au contraire -, grâce à des technologies spécifiques (turbo, injection directe...). Nul doute que les voitures pourront bientôt rejeter moins de 100 g de CO2 et être capables de rouler à plus de 200 km/h. Les partisans du bridage des moteurs devront alors trouver d'autres arguments.

Question sécurité, il est difficile de voir quels pourraient être les bénéfices directs du bridage des moteurs. Cela empêcherait quelques conducteurs téméraires de rouler à plus de 130 km/h sur autoroutes, au mépris des interdictions. Mais les excès de vitesse ne seraient pas évités en dessous de cette limite, en ville ou sur routes secondaires, là où les risques d'accidents sont plus importants.

Peu importe, c'est l'intention qui compte pour Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, qui pilote également « le palmarès de la voiture citoyenne ». « Il est prouvé que les véhicules puissants incitent à dépasser les limitations et augmentent les risques d'accidents, rappelle-t-elle. Il faut donc casser l'image de la vitesse, la ringardiser. Tout le monde se crispe encore à l'idée de brider les moteurs. Mais les choses vont évoluer, comme pour l'alcool qui est aujourd'hui reconnu comme un fléau. »

En attendant, passer la bride aux roues des voitures ne risque pas d'aller de soi. La vitesse est un mythe solidement ancré dans la culture automobile. Une telle mesure pourrait être vécue comme une castration, un crime de lèse-majesté. D'aucuns dénoncent une logique arbitraire, une atteinte aux libertés individuelles. Pour Roger Braun, directeur général de l'Automobile Club Action Plus, il s'agit d'une initiative autophobe : « Ce n'est pas la solution appropriée. Plutôt que de sanctionner, nous préférons expliquer aux usagers où sont leurs responsabilités, les inciter à respecter les règles et les guider dans leurs façons de conduire. On devrait aussi encourager à l'éco-conduite et aider au renouvellement du parc automobile. »

Sur le plan symbolique, cette contrainte serait également lourde de conséquences pour certains constructeurs, comme BMW ou Porsche, qui ont forgé leur identité sur les performances, dans le seul pays où la vitesse est encore libre sur 30 % du réseau autoroutier. Une exception qui pourrait ne pas faire long feu...

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