L'expérience, imaginée et conduite plusieurs années durant par des scientifiques de l'Institut de recherches sur les primates de l'université de Kyoto, a opposé un groupe de six chimpanzés (trois femelles et leurs petits) et douze étudiants. Elle consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste aux candidats, chimpanzés et humains, la tâche de les restituer un à un dans l'ordre croissant. Un peu à la manière du jeu de société Memory.

A ce petit jeu, les singes, qui avaient tous préalablement appris à "compter", se sont montrés beaucoup plus habiles que leurs adversaires. Leurs performances, aussi bien en termes d'exactitude que de vitesse, ont largement dépassé celles des étudiants. Même lorsque l'expérience était interrompue par des bruits stridents. Lors des tests les plus difficiles, au cours desquels les chiffres n'apparaissaient que 0,21 seconde, un chimpanzé de 5 ans a répondu juste dans 80 % des cas. Soit deux fois plus souvent que les étudiants.

D'après le professeur Tetsuro Matsuzawa, même après un entraînement de six mois, les étudiants ne parviennent pas à supplanter les jeunes primates. "Beaucoup de gens croient naïvement que les humains sont les créatures les plus intelligentes sur cette planète, conclut le chercheur. Je pense que cette recherche montre très clairement qu'ils se trompent."

Selon lui, les résultats suggèrent que les êtres humains étaient probablement dotés à l'origine des mêmes capacités de mémorisation que les chimpanzés. Seulement, ils auraient perdu cette qualité au fil de l'évolution, renonçant "à leurs anciennes compétences pour en acquérir de nouvelles, comme le langage".
Le phénomène est observable à une moindre échelle chez les chimpanzés : les chercheurs ont observé que leur mémoire s'altère avec l'âge. Les mères des jeunes singes ont beaucoup moins bien réussi que leurs petits.

Elise Barthet
LEMONDE.FR | 04.12.07